Le suivi et le contrôle des risques constituent une étape continue du management des risques dans un projet de bâtiment et de travaux publics (BTP). Après avoir identifié les risques, évalué leur criticité et défini les réponses appropriées, l’équipe projet doit vérifier régulièrement leur évolution et l’efficacité des mesures mises en place.
Un risque peut évoluer au cours du projet : sa probabilité peut augmenter ou diminuer, son impact peut changer, de nouveaux risques peuvent apparaître et certains risques peuvent disparaître. Le suivi permet donc de maintenir une vision actualisée de l’exposition du projet.
1. Pourquoi suivre et contrôler les risques dans un projet BTP ?
Le suivi des risques permet de vérifier que les mesures prévues sont effectivement mises en œuvre et qu’elles produisent les résultats attendus.
Il permet notamment de :
- surveiller l’évolution des risques ;
- vérifier l’exécution des actions de traitement ;
- détecter les nouveaux risques ;
- identifier les changements de niveau de criticité ;
- contrôler les risques résiduels ;
- déclencher les plans de contingence lorsque cela est nécessaire ;
- améliorer la prise de décision ;
- maintenir à jour le registre des risques.
Le suivi doit être réalisé pendant toute la durée du projet et adapté à son niveau de complexité.
2. LE CYCLE DE SUIVI DES RISQUES
Le suivi des risques peut être organisé selon un cycle continu :
Identifier → Analyser → Traiter → Surveiller → Évaluer → Mettre à jour
Ce cycle permet d’intégrer les changements constatés sur le chantier dans le processus de management des risques.
Un risque initialement considéré comme faible peut devenir important en raison d’un changement technique, contractuel, financier ou organisationnel.
3. SURVEILLER L’ÉVOLUTION DES RISQUES
La surveillance consiste à vérifier régulièrement l’évolution de chaque risque identifié.
L’équipe projet peut notamment examiner :
- la probabilité d’apparition ;
- l’impact potentiel ;
- le niveau de criticité ;
- les causes ;
- les signes précurseurs ;
- les actions engagées ;
- le risque résiduel.
Cette surveillance doit être adaptée à l’importance du risque.
Un risque critique peut nécessiter un suivi fréquent, tandis qu’un risque faible peut être examiné à intervalles plus espacés.
4. METTRE À JOUR LE REGISTRE DES RISQUES
Le registre des risques doit rester un document vivant.
Il doit être mis à jour lorsque :
- un nouveau risque apparaît ;
- un risque disparaît ;
- la probabilité évolue ;
- l’impact évolue ;
- une action est terminée ;
- une mesure devient inefficace ;
- un risque se matérialise ;
- une nouvelle information importante apparaît.
Un registre non actualisé ne reflète plus correctement la situation réelle du projet.
5. LES INDICATEURS DE SUIVI DES RISQUES
Les indicateurs permettent de transformer les informations du registre en données de pilotage.
Quelques indicateurs peuvent être utilisés :
| Indicateur | Objectif |
|---|---|
| Nombre de risques ouverts | Mesurer les risques encore actifs |
| Nombre de risques critiques | Identifier les situations prioritaires |
| Nombre de nouveaux risques | Suivre l’apparition de nouvelles incertitudes |
| Nombre de risques clôturés | Mesurer l’évolution du portefeuille de risques |
| Actions en retard | Identifier les mesures non réalisées |
| Actions réalisées | Suivre l’exécution des réponses |
| Risques matérialisés | Identifier les risques devenus problèmes |
| Niveau de risque résiduel | Évaluer l’exposition après traitement |
Ces indicateurs peuvent être intégrés au tableau de bord du projet.
6. SURVEILLER LES SIGNES PRÉCURSEURS
Certains risques peuvent être surveillés à travers des indicateurs avancés.
Par exemple, pour un risque de retard d’approvisionnement :
- retard de confirmation de commande ;
- augmentation du délai annoncé ;
- absence de communication du fournisseur ;
- problème de transport ;
- retard de fabrication.
Ces informations peuvent constituer des signaux d’alerte permettant d’agir avant que le risque ne produise une conséquence importante.
7. CONTRÔLER LES ACTIONS DE TRAITEMENT
Le suivi doit également porter sur les actions décidées pour traiter les risques.
Pour chaque action, il convient de vérifier :
- si elle a été réalisée ;
- si elle a été réalisée dans les délais ;
- si les ressources prévues ont été mobilisées ;
- si son résultat est conforme aux attentes ;
- si elle a réellement réduit le risque.
Un tableau de suivi peut être utilisé :
| Risque | Action | Responsable | Échéance | Statut | Efficacité |
|---|---|---|---|---|---|
| Retard fournisseur | Fournisseur alternatif | Achats | 15/10 | Réalisé | À vérifier |
| Erreur de conception | Revue des plans | Études | 10/10 | En cours | En cours |
| Panne équipement | Maintenance préventive | Maintenance | 05/10 | Réalisé | Satisfaisante |
| Non-conformité | Renforcement des contrôles | Qualité | 08/10 | En cours | À évaluer |
8. CONTRÔLER LE RISQUE RÉSIDUEL
Après la mise en œuvre d’une réponse, il est nécessaire de réévaluer le niveau de risque.
Par exemple :
Risque initial : 20
Action de traitement : mise en place d’un fournisseur alternatif
Risque résiduel : 8
Cette évolution doit être documentée dans le registre.
Le risque résiduel peut nécessiter :
- une surveillance continue ;
- une nouvelle action de traitement ;
- un plan de contingence ;
- une acceptation formelle.
9. SURVEILLER LES RISQUES SECONDAIRES
Les mesures de traitement peuvent générer de nouveaux risques.
Par exemple :
Une entreprise décide de remplacer un fournisseur présentant des retards par un nouveau fournisseur.
Cette décision peut réduire le risque de retard mais créer d’autres risques liés à :
- la qualité des produits ;
- la capacité du nouveau fournisseur ;
- la logistique ;
- les délais de qualification ;
- les conditions contractuelles.
Les risques secondaires doivent donc être intégrés au processus de suivi.
10. IDENTIFIER LES NOUVEAUX RISQUES
Tous les risques ne peuvent pas être identifiés au début du projet.
De nouveaux risques peuvent apparaître à la suite :
- d’une modification de conception ;
- d’un changement de fournisseur ;
- d’une modification contractuelle ;
- d’un changement réglementaire ;
- d’une évolution du planning ;
- d’un incident ;
- d’une modification des conditions du chantier.
L’équipe doit donc maintenir une capacité permanente d’identification.
11. LE SUIVI DES RISQUES DANS LES RÉUNIONS DE CHANTIER
Les réunions de chantier constituent un moment important pour suivre les risques.
Les points suivants peuvent être examinés :
- nouveaux risques ;
- évolution des risques critiques ;
- actions réalisées ;
- actions en retard ;
- incidents survenus ;
- risques résiduels ;
- déclencheurs observés ;
- décisions nécessaires.
Le suivi des risques peut ainsi être intégré aux réunions existantes sans nécessairement créer un processus administratif séparé.
12. LE TABLEAU DE BORD DES RISQUES
Un tableau de bord permet de présenter une vision synthétique de la situation.
Exemple :
| Élément | Situation |
|---|---|
| Risques ouverts | 18 |
| Risques critiques | 3 |
| Risques élevés | 6 |
| Risques modérés | 7 |
| Risques faibles | 2 |
| Actions en cours | 11 |
| Actions en retard | 2 |
| Risques matérialisés | 3 |
Ces données doivent être adaptées aux informations réelles du projet. Elles ne constituent ici qu’un exemple de structure de tableau de bord.
13. LE SUIVI DES RISQUES ET LE PLANNING
Les risques doivent être comparés régulièrement à l’évolution réelle du planning.
Il convient notamment de surveiller :
- les activités critiques ;
- les marges disponibles ;
- les retards ;
- les dépendances entre activités ;
- les changements de séquence ;
- les ressources nécessaires.
Un retard qui semble limité sur une activité peut devenir significatif s’il affecte une succession d’activités dépendantes.
14. LE SUIVI DES RISQUES ET LES COÛTS
Le suivi doit également intégrer les conséquences financières.
L’équipe peut surveiller :
- les coûts supplémentaires ;
- les travaux imprévus ;
- les coûts de reprise ;
- les coûts liés aux retards ;
- les dépenses liées aux actions de traitement ;
- les écarts entre budget prévu et dépenses réelles.
Cette analyse permet de détecter rapidement les risques susceptibles d’affecter le budget.
15. LE SUIVI DES RISQUES ET LA QUALITÉ
Les indicateurs qualité peuvent également constituer des signaux d’alerte.
Par exemple :
- nombre de non-conformités ;
- nombre de reprises ;
- résultats d’essais ;
- observations de contrôle ;
- réclamations ;
- défauts récurrents.
Une augmentation de ces indicateurs peut signaler une évolution du niveau de risque qualité.
16. LE SUIVI DES RISQUES ET LA SÉCURITÉ
La sécurité du chantier doit faire l’objet d’une surveillance continue.
Le suivi peut notamment porter sur :
- les situations dangereuses identifiées ;
- les observations HSE ;
- les écarts aux procédures ;
- les incidents ;
- les actions correctives ;
- la formation du personnel.
Les informations recueillies doivent être intégrées à la démarche globale de management des risques.
17. AUDIT ET REVUE DU MANAGEMENT DES RISQUES
Des revues périodiques peuvent permettre d’évaluer la qualité du dispositif de management des risques.
La revue peut porter sur :
- la qualité du registre ;
- la pertinence des évaluations ;
- l’efficacité des réponses ;
- la réalisation des actions ;
- la gestion des risques résiduels ;
- l’identification des nouveaux risques ;
- la qualité du reporting.
L’objectif est de vérifier que le processus de management des risques reste adapté aux besoins du projet.
18. LA CLÔTURE DES RISQUES
Un risque peut être clôturé lorsque son exposition n’est plus pertinente ou lorsque la situation ayant généré le risque a disparu.
La clôture doit être documentée.
Il peut être utile d’indiquer :
- la date de clôture ;
- la raison de la clôture ;
- les actions réalisées ;
- le résultat obtenu ;
- les enseignements tirés.
La clôture d’un risque ne doit pas empêcher l’identification d’un nouveau risque résultant d’une situation différente.
19. LE RETOUR D’EXPÉRIENCE
Le suivi des risques produit des informations utiles pour les futurs projets.
Le retour d’expérience peut porter sur :
- les risques réellement survenus ;
- les risques correctement anticipés ;
- les risques non identifiés ;
- l’efficacité des réponses ;
- les coûts liés aux risques ;
- les délais associés ;
- les erreurs de prévision ;
- les améliorations possibles.
Ces informations peuvent être intégrées à une base de connaissances de l’entreprise.
20. LES ERREURS À ÉVITER
20.1. Mettre à jour le registre uniquement en cas de problème
Le suivi doit être continu et non uniquement réactif.
20.2. Suivre uniquement les risques critiques
Les risques modérés peuvent évoluer et devenir importants.
20.3. Ne pas vérifier l’efficacité des actions
Une action réalisée n’est pas nécessairement une action efficace.
20.4. Ne pas suivre les risques résiduels
La mise en place d’une réponse peut réduire le risque sans le supprimer.
20.5. Ne pas intégrer les nouveaux risques
Le projet évolue et son environnement également.
20.6. Transformer le suivi en simple reporting
Le suivi doit conduire à des décisions et à des actions, et non uniquement à la production de tableaux.
21. BONNES PRATIQUES POUR LE SUIVI ET LE CONTRÔLE DES RISQUES
Pour renforcer l’efficacité du dispositif, il est recommandé de :
- mettre régulièrement à jour le registre des risques ;
- suivre les risques selon leur niveau de criticité ;
- définir des indicateurs adaptés ;
- surveiller les signes précurseurs ;
- contrôler les actions de traitement ;
- mesurer le risque résiduel ;
- identifier les risques secondaires ;
- intégrer les nouveaux risques ;
- intégrer le suivi aux réunions de pilotage ;
- documenter le retour d’expérience.
22. CONCLUSION
Le suivi et le contrôle des risques permettent de maintenir une vision dynamique de l’exposition du projet BTP.
Un risque n’est pas un élément figé dans un registre. Sa probabilité, son impact, ses causes et ses conséquences peuvent évoluer tout au long du projet.
Le suivi doit donc permettre de vérifier régulièrement l’évolution des risques, l’efficacité des actions, le niveau de risque résiduel et l’apparition de nouvelles menaces.
Le registre des risques, les indicateurs, les tableaux de bord, les réunions de chantier, les revues périodiques et le retour d’expérience constituent des outils complémentaires permettant d’assurer cette surveillance.
Intégré au planning, aux coûts, à la qualité, à la sécurité et au pilotage du projet, le suivi des risques contribue à transformer le management des risques en un processus permanent d’aide à la décision et d’amélioration de la maîtrise du projet.







